Depuis le début de l’année, plusieurs faits divers ont mis en lumière une tendance préoccupante : des citoyens qui prennent la loi entre leurs mains, parfois au nom de la vengeance ou d’un sentiment d’injustice. Des agressions récentes, impliquant aussi bien des employés du service public que des personnalités connues, relancent le débat sur le respect de l’État de droit et le rôle des autorités.
Parmi les cas récents figure l’agression d’un receveur de bus de la CNT, violemment pris à partie par un parent à la suite d’une altercation verbale impliquant une élève. Autre affaire marquante : celle du comédien mauricien Didier Anthony, l’artiste aurait été intercepté sous un soupçon de vol de métaux avant d’être violemment agressé dans la nuit du lundi 2 février à Saint-Pierre.
Ces incidents soulèvent une question centrale : la violence peut-elle être une réponse légitime à un tort réel ou supposé ? Pour les spécialistes, la réponse est sans équivoque : se faire justice soi-même ne peut qu’aggraver les situations et entraîner de lourdes conséquences.
Le sociologue Rajen Suntoo explique que ce phénomène traduit un déficit de socialisation et de respect des règles dès le plus jeune âge. Selon lui, le rôle de la famille, de l’école et des institutions religieuses demeure essentiel pour inculquer le respect de la loi
Du côté syndical, le sergent Ajeet Fokeer, PRO de la Police Fighters Union, souligne une perception erronée selon laquelle la probabilité d’échapper aux sanctions serait plus élevée que celle d’être tenu responsable, une mentalité qui fragilise l’autorité de la loi et le travail de la police.
Pour DASP Suhail Lidialam, responsable de la communication de la Police Press Office, rappelle que Maurice est un État de droit, où la police et les institutions judiciaires sont chargées de faire respecter la loi, tout en insistant sur l’importance du soutien de la population dans la lutte contre les différents fléaux qui menacent l’ordre public.
Face à la multiplication de ces actes de violence, les intervenants s’accordent sur un point : le renforcement de la confiance dans les institutions, l’éducation au respect de la loi et des sanctions dissuasives restent essentiels pour éviter que la justice populaire ne prenne le pas sur l’État de droit.