Filmer quelqu’un dans la rue, au travail ou en situation de vulnérabilité, puis voir la vidéo devenir virale, est devenu un réflexe pour beaucoup d’internautes. Récemment, des vidéos mettant en scène des travailleurs de la CNT ou des personnes en situation de toxicomanie ont circulé largement sur les réseaux sociaux. Mais derrière ces images partagées en quelques clics se cachent de graves enjeux humains, éthiques et juridiques : jusqu’où peut-on filmer sans porter atteinte à la vie privée et à la dignité d’autrui ?
Pour Rajen Suntoo, sociologue à l’Université de Maurice, l’impact peut être profond. « Filmer ou photographier quelqu’un sans son consentement peut lui causer de sérieux préjudices, parfois au point de bouleverser sa vie, » explique-t-il.
De son côté, Mgr Jean Michael Durhône exprime une vive préoccupation face à ces comportements en ligne. « Il est urgent de renforcer l’encadrement légal et éthique sur les réseaux sociaux pour garantir un environnement numérique sûr et respectueux de tous, » souligne-t-il.
L’avocat Me Somand Kumar Adheen rappelle que la loi à Maurice est très claire : toute personne a droit à sa vie privée et à sa protection contre de tels abus.
La National Agency for Drug Control (NADC) avait récemment alerté sur une vidéo devenue virale montrant trois individus, dont deux adolescents, en détresse sur la voie publique. Selon l’agence, la diffusion de ce type de contenu retarde les interventions médicales urgentes, renforce la stigmatisation et peut entraver l’accès à l’aide et aux dispositifs de prévention existants.
Face à cette réalité, experts, autorités et acteurs sociaux s’accordent sur un point : la viralité ne doit jamais se faire au détriment de l’humain.