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Leckhna Sewcoomar: Le 26/02/2026 à 11:20 | MAJ à 26/02/2026 à 11:24
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Publié : Le 26/02/2026 à 11:20 | MAJ à 26/02/2026 à 11:24
Par : Dooshina Appigadu

Un vaste projet hôtelier est actuellement à l’étude au ministère de l’Environnement. La société Paddock Investment Limited a soumis un rapport d’Impact Assessment (EIA) pour la réalisation d’un “Proposed Movable Holiday Bungalows Resort” à Palmar, sur la côte Est. Un développement d’envergure qui suscite déjà des interrogations, notamment de la part de l’ONG Eco-Sud, quant à sa pertinence dans une zone reconnue comme vulnérable aux risques côtiers.

Sur le papier, le projet se veut structuré, intégré et adapté aux standards contemporains de l’hôtellerie. Mais sa localisation interpelle.

Eco-Sud appelle le ministère à examiner le dossier à la lumière des conclusions de l’étude du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), publiée récemment par le ministère de l’Environnement lui-même.

Cette étude met en évidence plusieurs constats préoccupants :

  • Une érosion côtière déjà observée sur plusieurs segments du littoral.
  • Un risque avéré de submersion marine.
  • Un recul projeté du trait de côte d’ici 2100 allant de 20 mètres à plus de 200 mètres selon les secteurs.

Une élévation du niveau de la mer estimée, pour Maurice, à environ 45 centimètres dans les scénarios modérés, pouvant dépasser 1,80 mètre dans les scénarios les plus pessimistes. À Rodrigues, la hausse pourrait atteindre plus de 2 mètres, aggravée par un phénomène de subsidence d’environ 2 mm par an.

Le rapport souligne également l’importance des solutions fondées sur la nature (SfN), soit restauration des écosystèmes côtiers, protection des dunes, mangroves et récifs, ainsi que la nécessité d’une stratégie nationale intégrée de gestion du trait de côte. L’approche « hôtel par hôtel » est explicitement déconseillée.

Autre recommandation clé : la mise en place d’un suivi régulier des indicateurs (érosion, niveau de la mer, submersion) afin d’adapter les politiques publiques en temps réel.

Les échéances évoquées (2050 et 2100) peuvent sembler lointaines. Pourtant, dans le cycle de vie d’un projet immobilier ou hôtelier, 25 à 75 ans ne constituent pas un horizon abstrait. Ce sont des temporalités parfaitement compatibles avec la durée d’exploitation d’un établissement touristique.

Dans un contexte de montée des eaux et de recul du trait de côte, la question n’est plus théorique : certaines infrastructures construites aujourd’hui en zone humide ou en front de mer pourraient, à terme, se retrouver exposées de manière critique, voire partiellement submergées.

Certes, le projet met en avant des bungalows mobiles, suggérant une certaine flexibilité. Mais cette caractéristique suffira-t-elle face à des dynamiques côtières de grande ampleur ? Les équipements collectifs, les réseaux, les installations techniques et les fondations sont, eux, beaucoup moins mobiles.

Au-delà des aspects techniques, c’est une question plus large qui se pose. Quelle conception du développement touristique souhaite-t-on promouvoir à Maurice ?

Peut-on raisonnablement commercialiser, sur les marchés internationaux, un site dont la vulnérabilité est documentée par des études scientifiques officielles ? Construire aujourd’hui dans des zones identifiées comme à risque, en sachant que les projections climatiques annoncent des transformations majeures d’ici la fin du siècle, relève-t-il d’une planification responsable ?

À Palmar comme ailleurs, la question n’est plus seulement de savoir si la mer montera, mais jusqu’où, et avec quelles conséquences.