Mamitiana Rajaonarison, nouveau Premier ministre (PM) de Madagascar, possède un profil technique et administratif impressionnant. Ancien officier de gendarmerie et administrateur civil de formation, il a exercé au Bianco avant de prendre la tête du Service de renseignement financier (Samifin) en mars 2021. Expert reconnu de la lutte anti-corruption, il connaît également les rouages et les règles de l’administration publique. Sa réputation de rigueur et d’intégrité s’étend aux partenaires techniques et financiers internationaux.
Sur le papier, sa nomination est un choix judicieux. Cependant, Rajaonarison est resté discret sur les dossiers de corruption de l’ère Rajoelina, tels que ceux impliquant Mamy Ravatomanga ou Romy Voos. Si cette prudence témoigne d’une sagesse face aux puissants, elle pourrait poser problème : le nouveau PM devra rapidement démontrer sa crédibilité et sa capacité à faire respecter la loi, même contre les intérêts établis.
Deux enjeux majeurs attendent le Premier ministre. D’abord, il devra mettre fin à l’impunité pour les acteurs du pouvoir passé et actuel, en sanctionnant ceux qui ont contribué à des injustices judiciaires, comme dans les cas de Rolly Mercia et d’Iharizaka Rahaingoson. Ensuite, il devra bâtir un gouvernement légitime, fondé sur le mérite et la compétence des nominations, plutôt que sur des prébendes politiques ou des compromis douteux.
« Je vous ai choisi pour une raison », a martelé le colonel Michaël Randrianirina. Pour ce deuxième acte de la Refondation, le président mise sur la « droiture » et place sa confiance en Mamitiana Rajaonarison, un ancien camarade de promotion de l’Académie militaire d’Antsirabe, dont il a salué l’intégrité dimanche soir.
Le choix du colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation de la République de Madagascar (PRRM), semble stratégique : désigner un Premier ministre sans liens avec l’ancienne équipe et apprécié pour sa neutralité politique, tout en apaisant les tensions avec la gendarmerie après les répressions de septembre et octobre. Cela contraste avec l’échec d’Herintsalama Rajaonarivelo, dont la légitimité avait été contestée dès le départ.
Reste une question centrale : la Gen Z a-t-elle été réellement consultée, ou son avis continuera-t-il d’être marginalisé après avoir été utilisé comme un instrument politique ? Le nouveau Premier ministre devra prouver rapidement qu’il peut incarner la refondation promise, plutôt qu’un simple replâtrage du système.