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Leckhna Sewcoomar: Le 21/01/2026 à 13:28 | MAJ à 21/01/2026 à 13:33
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Publié : Le 21/01/2026 à 13:28 | MAJ à 21/01/2026 à 13:33
Par : La Redaction

Le constat est sans appel : l’humanité a franchi un point de non-retour dans sa relation à l’eau. Selon un nouveau rapport des Nations Unies, la planète consomme et dégrade désormais ses ressources hydriques bien au-delà de leur capacité de renouvellement. « Nous ne sommes plus dans une crise passagère, mais dans une faillite durable », avertissent les auteurs de l’étude.

Présenté mardi à New York, le rapport de l’Institut universitaire des Nations Unies pour l’eau, l’environnement et la santé rompt volontairement avec le discours habituel. « Le mot ‘crise’ laisse croire qu’un retour à la normale est possible. Or, dans de nombreux bassins, cet ancien normal n’existe déjà plus », explique son directeur, Kaveh Madani. Pour lui, il est temps de nommer la réalité afin de provoquer un sursaut collectif.

Le rapport introduit un concept inédit et inquiétant : la faillite hydrique. À l’image d’une entreprise qui aurait épuisé son capital, l’humanité a non seulement consommé l’eau disponible chaque année, mais aussi entamé ses réserves naturelles — nappes phréatiques, lacs, zones humides, rivières et glaciers — souvent de manière irréversible.

Les chiffres sont alarmants. Plus de la moitié des grands lacs mondiaux ont vu leur niveau chuter depuis les années 1990. Près de 70 % des principaux aquifères sont en déclin à long terme. Depuis 1970, 410 millions d’hectares de zones humides ont disparu, entraînant une perte annuelle estimée à 5 100 milliards de dollars en services écosystémiques.

« Dans de nombreux cas, ces ressources ne se reconstitueront pas à l’échelle d’une vie humaine », prévient Kaveh Madani.

Cette faillite ne touche pas toutes les régions de la même manière, mais ses effets se propagent à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, près des trois quarts de l’humanité vivent dans des pays en situation de fragilité hydrique. Plus de 4 milliards de personnes subissent une pénurie sévère d’eau au moins un mois par an. Et près de la moitié de la production alimentaire mondiale dépend de régions où les réserves d’eau déclinent dangereusement.

Face à cette réalité, l’ONU appelle à abandonner la simple gestion de crise au profit d’une véritable gestion de faillite. Autrement dit : reconnaître les pertes irréversibles, protéger ce qui peut encore l’être et revoir en profondeur des modèles économiques fondés sur une consommation illimitée de l’eau.

Les prochaines grandes échéances internationales — conférences de l’ONU sur l’eau en 2026 et 2028, fin de la Décennie de l’eau, objectifs de développement durable à l’horizon 2030 — constituent une dernière opportunité pour réorienter l’action mondiale.

« Notre message n’est pas le désespoir, mais la lucidité », conclut Kaveh Madani. « Plus nous tardons à regarder le véritable bilan en face, plus les dégâts deviendront irréversibles. »