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Leckhna Sewcoomar: Le 27/02/2026 à 19:48 | MAJ à 27/02/2026 à 19:49
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Publié : Le 27/02/2026 à 19:48 | MAJ à 27/02/2026 à 19:49
Par : Dooshina Appigadu

Un nouveau front s’ouvre dans le dossier des Chagos. Le président maldivien Mohamed Muizzu a annoncé que son pays revendiquait désormais le contrôle des eaux maritimes entourant l’archipel des Chagos, rejetant une décision du Tribunal international du droit de la mer (ITLOS) rendue en 2023. Une déclaration qui ravive les tensions régionales et complique davantage un dossier déjà explosif entre Maurice, le Royaume-Uni et les puissances stratégiques de l’océan Indien.

Dans une intervention devant le Parlement le 5 février 2026, le chef de l’État maldivien a déclaré que son gouvernement ne reconnaissait plus la délimitation maritime fixée par l’ITLOS entre Maurice et les Maldives.

La décision de 2023 avait partagé la zone économique exclusive (ZEE) contestée entre les deux pays, attribuant environ 47 000 km² aux Maldives et 45 000 km² à Maurice. Pour Malé, cette délimitation serait juridiquement contestable et ne tiendrait pas compte, selon le président Muizzu, des « droits historiques et géographiques » des Maldives sur ce qu’il désigne comme une zone maritime naturellement rattachée à l’archipel maldivien.

Cette prise de position constitue un revirement majeur par rapport à la politique précédente du pays, qui avait adopté une approche plus conciliante envers la revendication mauricienne sur les Chagos.

Au-delà des déclarations politiques, les Maldives ont rapidement joint l’acte à la parole. Les forces de défense maldiviennes (MNDF) ont déployé des unités de garde-côtes et des moyens de surveillance aérienne afin de patrouiller dans les zones revendiquées.

Selon les autorités maldiviennes, deux navires de pêche sri-lankais ont déjà été interceptés à plus de 100 milles nautiques au sud de Gan, dans l’atoll d’Addu, illustrant la volonté de Malé de faire respecter sa nouvelle position.

Ce déploiement marque une militarisation accrue d’un espace maritime déjà sensible, situé à proximité de Diego Garcia, base militaire stratégique exploitée par les États-Unis sous administration britannique.

L’archipel des Chagos reste au cœur d’un long différend entre Maurice et le Royaume-Uni. Détaché de Maurice en 1965 avant l’indépendance, le territoire est administré par Londres sous le nom de British Indian Ocean Territory (BIOT).

En 2019, la Cour internationale de justice (CIJ) avait estimé que la décolonisation de Maurice n’avait pas été menée légalement et que le Royaume-Uni devait mettre fin à son administration des Chagos. L’Assemblée générale des Nations unies avait ensuite appuyé cette position.

En 2025, un accord entre Londres et Port-Louis a prévu le transfert de souveraineté à Maurice, tout en permettant au Royaume-Uni de maintenir la base de Diego Garcia via un bail de longue durée.

C’est dans ce contexte que l’intervention des Maldives ajoute une nouvelle dimension au contentieux : non plus seulement une question de souveraineté territoriale, mais désormais un différend maritime élargi.