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Leckhna Sewcoomar: Le 01/03/2026 à 07:35 | MAJ à 01/03/2026 à 07:37
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Publié : Le 01/03/2026 à 07:35 | MAJ à 01/03/2026 à 07:37
Par : La Redaction

L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique d’Iran, à Téhéran le 5 juillet 2025. AFP - -

La télévision d'État iranienne a confirmé la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, le Guide suprême de la République islamique d'Iran, dans la nuit du samedi 28 février au dimanche 1er mars. Son décès - à l'âge de 86 ans - avait été annoncé quelques heures plus tôt par le président américain Donald Trump après des frappes menées par les États-Unis et Israël sur l'Iran. Retour sur le parcours de celui qui a indéniablement marqué l'histoire de son pays.

Ali Khamenei incarnait les mystères du régime iranien. Il était lui-même une énigme aussi bien pour ses adversaires que pour ses partisans les plus fidèles. Son hostilité pathologique envers les dirigeants américains de tous bords ; ses accointances avec Poutine et Xi Jinping qu'il a accueillis l'un après l'autre dans sa demeure (Beyt); ses appels incessants à la destruction de l'État d'Israël ; son intransigeance sur la question du nucléaire iranien malgré les sanctions internationales implacables contre son pays et son souhait profond de voir émerger des puissances défiant la suprématie des États-Unis ; son attachement affectif à ses proches collaborateurs et sa cruauté envers ses opposants ; tels ont été les traits saillants de sa personnalité.

Lors de l'invasion russe en Ukraine, il a affiché son soutien à Poutine en affirmant que cette crise trouvait ses racines dans les politiques des États-Unis et de l'Occident. Au début des manifestations nationales de septembre 2022 contre lui-même et son régime après la mort de Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs, il a préféré se taire. Puis, trois semaines après le déclenchement de ces manifestations, il s'est mis à qualifier les protestataires de suppôts des États-Unis et d'Israël, deux ennemis jurés de la République islamique. Précisons qu'au moment où se déroulaient les manifestations en Iran, des rassemblements dans le monde entier s'organisaient en solidarité avec les manifestants.  

Ali Khamenei ne recevait jamais les ambassadeurs accrédités en Iran, mais les Occidentaux n'ignoraient pas qu'in fine c'était lui qui décidait non seulement de l'orientation globale de la politique intérieure de son pays, mais surtout de sa politique extérieure. Ses prises de position sur des sujets sensibles comme le nucléaire iranien, les relations en dents de scie avec l'Arabie saoudite, la présence de l'Iran en Syrie et en Irak ou sur les candidats aux élections présidentielles entretenaient la plupart du temps le doute et étaient sujettes à interprétations. Pourtant, l'opinion publique savait plus ou moins où allaient ses préférences. Il avait assis son pouvoir non seulement sur une série d'institutions solides, mais aussi sur un empire industriel et commercial.

Un parcours semé d'embûches

Son prénom, Ali, est précédé de son titre Seyyed, il est donc communément considéré par les chiites comme un descendant de la famille du Prophète. Ali Hosseini Khamenei est né le 17 juillet 1939 dans une famille religieuse et modeste de Machhad, chef-lieu du Khorasan-e Razavi, province au nord-est de l'Iran. Bien que son père, Seyed Djavâd Hosseini Khamenei, fût natif de l'Azerbaïdjan, ses ancêtres paternels étaient originaires de Tafresh, aujourd'hui dans la province Markazi (Ouest de Téhéran). Quant à sa mère, elle était la fille de l'ayatollah Hâshem Mirdâmâdi, originaire d'Ispahan, qui s'était établi à Machhad.

Ali Khamenei fait ses études de théologie essentiellement à Machhad et Qom, profitant d'un court séjour de sa famille à Nadjaf (Irak), il fréquente les écoles coraniques de cette ville. Mais dans sa formation de jurisconsulte, d'homme politique et de révolutionnaire, il se veut disciple de l'ayatollah Khomeini, le fondateur de la République islamique. En fait, le véritable inspirateur de ses passions révolutionnaires a été, selon ses propres dires, Navvab Safavi (1924-1956), fondateur du mouvement Fadayan-e Eslam (Les Dévots de l'islam), responsable de plusieurs assassinats politiques sous le Shah et qui fut condamné à mort et exécuté. C'est le discours enflammé de ce clerc révolutionnaire prononcé lors de son passage à Machhad en 1952, qui a fait jaillir chez le jeune Seyed Ali Khamenei la première étincelle de la révolution islamique.

En 1963, sous l'influence du discours subversif de l'ayatollah Khomeini contre les réformes agraires du Shah et le projet de loi relatif à l'égalité entre femmes et hommes, des manifestations sporadiques ont lieu dans certaines villes iraniennes, notamment à Qom, ville sainte des chiites où s'était installé depuis un an Seyed Ali Khamenei, jeune clerc de 25 ans. Encouragé par ces incidents, il entre de plain-pied dans l'arène politique. En juin 1963, au moment où le discours de l'ayatollah Khomeini se radicalise chaque jour davantage, Khamenei est mandaté par l'ayatollah lui-même pour se rendre à Machhad dans le but d'informer le clergé de cette ville des événements de Qom et attiser les esprits en dénonçant la politique du Shah, qualifiée de « pro-américaine ». Après avoir rempli sa mission, il se rend à Birjand, ville du Khorassan, pour faire de la propagande contre le régime.

Ténacité dans la lutte contre le régime impérial 

À la suite de l'arrestation de l'ayatollah Khomeini le 5 juin 1963, lorsque des émeutes éclatent dans certaines grandes villes du pays, Seyed Ali Khamenei est lui aussi arrêté et conduit à Machhad où il sera placé en détention provisoire pendant 10 jours. Au mois de janvier 1964, il se rend à Kerman, ville du centre, puis à Zahedan, au sud-est de l'Iran pour dénoncer, auprès des populations, le caractère anti-islamique des réformes du Shah. Il sera de nouveau arrêté et envoyé à Téhéran où il passera deux mois en prison.

Quelques années plus tard, il donnera dans des écoles coraniques de Machhad puis de Téhéran, des cours consacrés au hadith (ensemble des traditions relatives aux actes et aux paroles du Prophète et de ses compagnons que les musulmans considèrent comme principes de gouvernance personnelle et collective), à l'exégèse du Coran et à l'explication de la pensée islamique. Ses cours recevront, selon ses dires, un accueil enthousiaste parmi les jeunes.

Sa cinquième arrestation en 1971 n'est pas sans rapport, selon ses aveux, avec la lutte armée que mènent depuis 1969 de façon occasionnelle deux groupes d'extrême gauche inspirés de l'expérience latino-américaine contre le régime impérial. Les interrogations menées par les agents de la Savak l'auront intimement convaincu que le régime du Shah craignait, à ce moment, l'adhésion de ces guérilléros à la pensée islamique et, par conséquent, ne pouvait absolument pas admettre que les activités propagandistes du jeune clerc ne soient pas liées à ces groupuscules armés. Après sa remise en liberté, il reprendra ses cours publics d'exégèse tout en organisant en même temps, ainsi qu'il l'avouera, des cours clandestins destinés à l'enseignement de l'idéologie islamique.

Dans les années 1971-74, il tient ses cours d'exégèse et d'idéologie islamique dans trois mosquées de Machhad où il aborde le Nahdjol Balâgheh (recueil de sermons, lettres, interprétations et récits attribués à Ali, premier imam des chiites, cousin et gendre de Mahomet). Sa manière d'interpréter le contenu de cet ouvrage trouve un écho auprès des contestataires de par le pays. En décembre 1974, il sera pour la sixième fois arrêté et incarcéré. Cette fois, ses conditions d'incarcération sont, d'après lui, insoutenables. Il sera néanmoins libéré en moins d'un an (octobre 1975).

À l'ère de la Révolution

Lorsqu'en 1977, il sera arrêté pour la dernière fois, le régime le bannira pour une durée de trois ans à Iranshahr, une ville à l'extrême sud-est de l'Iran. Mais l'année suivante, avec le début du soulèvement populaire contre le Shah, il recouvrera sa liberté de mouvement et lors du retour de l'ayatollah Khomeini en Iran, il quittera sa ville natale pour Téhéran où il rejoindra le Conseil de la Révolution islamique fondé à la demande de l'ayatollah.

Après l'instauration de la République islamique, il participe en mars 1979, aux côtés d'autres clercs, comme Beheshti, Bâhonar et Hachémi Rafsandjani, et certains militants politico- religieux, à la fondation d'un grand parti islamique appelé « République islamique ». Beheshti et Bâhonar seront assassinés deux ans après : le premier dans un attentat le 28 juin 1981 contre le siège du parti et le deuxième, dans un attentat contre son bureau de Premier ministre le 30 août de la même année, attentat dans lequel Mohammad Ali Radjâyi, le deuxième président de la République islamique, sera également assassiné.   

Dans les années 1979-80, Seyed Ali Khamenei occupera au sein de la République islamique des postes clés : vice-ministre de la Défense (1979), directeur du Sepah (corps des Gardiens de la Révolution islamique), imam de la prière du vendredi de Téhéran à partir de 1979, représentant de l'ayatollah Khomeini au Conseil suprême de la Défense (1980), député de Téhéran au Parlement (1980-81). Il aura, dès 1980, une présence active sur le front de la guerre contre l'Irak de Saddam Hussein qui va durer huit ans. En 1981, il sera nommé président du Conseil de la Révolution culturelle. Cette révolution (1980-1983) avait pour but de purger le monde universitaire des influences occidentales et non islamiques et de le mettre en conformité avec l'islam chiite. À la réouverture des universités, d'innombrables livres ont été interdits et des milliers d'étudiants et de professeurs ont été congédiés.

En juillet 1981, dans un attentat manqué contre sa personne, perpétré par les Moudjahidines du peuple à la mosquée d'Abouzar de Téhéran, il perdra l'usage de sa main droite et d'un bras. En septembre de la même année, suite à l'assassinat de Mohammad-Ali Radjâyi, il sera élu président de la République islamique d'Iran en remportant, selon les chiffres officiels, plus de seize millions des suffrages. Il sera réélu en 1985 pour une durée de quatre ans. En 1987, il occupera la présidence du Conseil de discernement de l'intérêt supérieur du régime et en 1989, il deviendra président du Conseil de révision de la Constitution. En juin 1989, après le décès de Khomeini, il est élu par l'Assemblée des Experts et sous l'influence de Hachémi Rafsandjani, Guide suprême de la République islamique d'Iran et détenteur de la tutelle de juriste-théologien (velâyat-e faqih) et détient le contrôle total des relations extérieures, la Défense, le service de sécurité, la Justice et les médias. Il se considère comme le gardien des principes et des valeurs de la Révolution islamique de 1979.

Un bilan désastreux

L'un des objectifs premiers de Khomeini, lors de la révolution islamique de 1979, était la formation d'une « oumma chiite » (communauté chiite transnationale) sous l'égide de l'Iran. Cela avait été l'un des éléments déclencheurs de la guerre Iran-Irak. Ce projet baptisé « croissant chiite » par ses adversaires avait pour but de changer la face du Moyen-Orient en le déstabilisant puis en substituant aux régimes laïcs ou d'obédience sunnite un pouvoir chiite. Mais il s'est heurté à une forte résistance. De l'Irak au Liban, l'ingérence iranienne a été très contestée. Cela a été un projet ambitieux et très coûteux pour l'Iran aussi bien financièrement qu'humainement. Les Iraniens dans leur ensemble en tiennent Khamenei pour responsable.

Ali Khamenei était connu pour son hostilité sans borne envers Israël. En 2009, il avait qualifié ce pays de « tumeur cancéreuse » et en 2012 il avait formellement précisé qu'Israël devait être rayé de la carte en assurant tous ceux qui le combattraient du soutien de l'Iran. « Israël est voué à la disparition », déclarait-il en novembre 2013 et en juillet 2014, il réaffirmait son souhait de « destruction de l'État d'Israël » ce qui ne signifiait pas, pour lui, la disparition des Juifs dans cette région. Il n'allait pas jusqu'à leur extermination.

Face à cette hostilité implacable conjuguée à une volonté sans faille de se doter d'une technologie nucléaire avancée, les Israéliens ne pouvaient pas rester les bras croisés. Depuis la révélation de l'existence de sites nucléaires secrets de la République islamique en août 2002, l'État d'Israël souvent secondé par l'administration américaine, a mené une lutte acharnée contre le programme nucléaire iranien. Il a aussi bombardé maintes fois les positions des forces liées à la République islamique d'Iran en Syrie afin d'empêcher leur implantation dans ce pays. Tout cela avait transformé le rêve impérial de Khamenei en cauchemar.

Israël a réussi à plusieurs reprises à saboter cette activité nucléaire au sein même des sites les plus protégés allant, comme le régime iranien le prétend, jusqu'à l'élimination de scientifiques nucléaires, bien qu'il n'ait jamais revendiqué ni démenti son implication dans leurs assassinats jusqu'à ce qu'il lance le 13 juin 2025 une attaque d'envergure contre l'Iran baptisée Rising Lion.

C'est une guerre asymétrique que le premier ministre israélien a déclenchée en pleine négociation nucléaire des Iraniens avec l'administration de Trump. Dans cette guerre, l'aviation israélienne ne visait pas uniquement le programme nucléaire iranien.

Par cette guerre qualifiée de « préventive », le Premier ministre israélien voulait exploiter la situation géopolitique créée par les attaques sanglantes du Hamas le 7 octobre 2023.

Les attaques perpétrées par le Hamas en Israël ont donné aux Israéliens l'occasion de remodeler un Moyen-Orient qui depuis la fin des années 1990 ne connaissait que de la violence et du désordre. Ils ont profité de la détérioration de la situation internationale en sachant que leur protecteur américain ou leurs voisins arabes ne seraient pas en mesure d'exercer une quelconque pression sur eux. C'est ainsi que le Premier ministre israélien a engagé une redéfinition massive du rapport de force aussi bien avec les Palestiniens qu'avec l'Iran.

Khamenei et le nucléaire iranien

L'aventure nucléaire de l'Iran était inséparable de la personne du Guide. Son intransigeance sur cette question a contraint les Iraniens à supporter pendant de longues années des sanctions économiques sans précédent. Dans le but de pérenniser la République islamique et, au sein de celle-ci, l'empire économique, politique et militaire qu'il a su bâtir, il a lié la survie du régime à l'acquisition de la technologie nucléaire.

Aux yeux des puissances occidentales, l'opacité du programme nucléaire de l'Iran était, dès le début, suspecte bien que le Guide et toutes les autorités politiques et militaires de ce pays aient toujours insisté sur le fait que leur engagement dans cette voie avait pour seul but d'acquérir le nucléaire civil.

En fait, toutes les péripéties qu'a connues le nucléaire iranien procédaient, d'une façon ou d'une autre, de son intransigeance dans ce domaine. Cependant c'est finalement lui qui a consenti à la signature par l'Iran de l'accord de Vienne conclu le mardi 14 juillet 2015 avec le groupe 5+1 (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Chine, Russie et Allemagne). 

Mais le retrait unilatéral de Trump de cet accord en mai 2018 et le rétablissement des sanctions américaines ont fragilisé sa position. Le 26 juin 2019 dans une allocution il assurait que le peuple iranien ne céderait pas face aux pressions américaines, aux « sanctions cruelles » et aux « insultes ».

Étranglé par des sanctions encore plus fortes, l'Iran a mis en place, depuis mai 2019, un plan de réduction de ses engagements en matière nucléaire qui n'a pas manqué d'inquiéter les trois pays européens signataires de l'accord. Mais le bras de fer avec les Européens n'a servi à rien.

Le 1er décembre 2021, les Israéliens et leurs alliés européens et américains se référant à des informations partagées ont affirmé que l'Iran se préparait à l'enrichissement de l'uranium à hauteur de 90 %, seuil nécessaire à la fabrication de la bombe atomique. Le directeur de l'AIEA, Rafael Grossi, a réfuté ces affirmations dans un entretien en ajoutant que l'AIEA était toujours sur place et surveillait les activités nucléaires iraniennes. Les pourparlers engagés par l'administration Trump avec l'Iran semblaient aboutir à un accord délimitant l'enrichissement de l'uranium par les Iraniens à 3,67%.  Mais les Israéliens étaient déterminés à rejeter un tel accord et à anéantir le programme nucléaire iranien.

L'Opération Rising Lion qu'Israël a lancée le 13 juin 2025 a touché l'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz, des sites nucléaires à Ispahan, à Tabriz, à Ahvaz et la centrale d'Arak.

Dans la nuit du 21 au 22 juin 2025 au neuvième jour de la guerre, les Américains sont entrés en guerre aux côtés des Israéliens en larguant 12 bombes GBU-57 par 6 Northrop B-2 Spirit et une trentaine de missiles de croisière sur l'usine d'enrichissement d'uranium de Fordo, l'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz et le centre de technologie et de recherche nucléaire d'Ispahan, affirmant avoir détruit ces sites et la capacité nucléaire de l'Iran.

Politique intérieure

Bien que dès son avènement à la fonction de Guide, son niveau de connaissance de la jurisprudence islamique fût contesté par les spécialistes les plus accrédités du droit musulman, le système mis en place par Khomeini et ses compagnons lui permettait de décider de tout. 

Il disposait d'un levier du pouvoir appelé le « Conseil des gardiens » dont la principale fonction consiste à veiller à la compatibilité des lois avec la Constitution et l'islam. Des 12 membres de ce Conseil, 6 sont désignés par Khamenei. Quant aux autres, élus par le Parlement, ils sont, eux aussi, désignés par lui mais de façon insidieuse, car ils sont proposés par le pouvoir judiciaire qui dépend du Guide. 

C'est ainsi qu'en 2009 quand un vote truqué met au pouvoir pour un second mandat Mahmoud Ahmadinejad, Khamenei se permet de réprimer violemment les contestataires et met Moussavi et Karoubi, les deux candidats malheureux, en résidence surveillée.

La sélection arbitraire des candidats par le Conseil des gardiens avait transformé les élections en un assemblage électoral au gré du Guide. Les Iraniens l'ont majoritairement compris en 2009 et depuis lors, ils ont cessé de croire en une quelconque démocratisation de la vie politique sous la République islamique. C'est pour cette raison que sa disparition pourrait permettre des changements inattendus. 

On retiendra de l'ère Khamenei une politique intérieure jugée très brutale par ses concitoyens, usant d'outils étatiques répressifs à l'égard de sa population. Une fin de vie aussi marquée par le virulent mouvement de contestation nationale des Iraniens déclenché en septembre 2022 contre le régime islamique, lui-même et le pouvoir liberticide qu'il représente pour les protestataires. En réaction au décès de Mahsa Amini et aux images de manifestants iraniens dans les rues, les cheveux au vent et le poing levé contre la répression sanglante, Ali Khamenei a pris la parole le 4 octobre 2022. « La mort de la jeune fille [Mahsa Amini] nous a brisé le cœur, mais ce qui n'est pas normal, c'est que certaines personnes, sans preuve ni enquête, rendent les rues dangereuses, brûlent le Coran, retirent le foulard des femmes voilées, mettent le feu aux mosquées et aux voitures », a-t-il affirmé. En décembre 2022, sa propre sœur Badri Hosseini Khamenei reprochait à Ali Khamenei de « ne pas écouter le peuple » et disait espérer « le renversement de ce pouvoir tyrannique ». 

Le culte de la personnalité

La machine de propagande mise en place par le bureau du Guide de la République islamique appelé aussi Beyt-e rahbari a fonctionné à merveille. Ce bureau constitue le centre névralgique de contrôle de tous les organismes, institutions et administrations et des organisations non lucratives placées sous le contrôle direct du Guide de la République islamique. Le Guide était représenté par cette machine de propagande comme mandataire de Dieu. En effet, la doctrine de « Tutelle de juriste-théologien » (velâyat-e faqih) stipule que le détenteur de cette tutelle (vali-ye faqih) est nommé par Dieu, et qu'il est donc obligatoire de lui obéir.

Le Guide s'était ainsi toujours voulu gardien et défenseur de l'héritage de la Révolution. Depuis la disparition de Khomeini en juin 1989, il était, du moins sur le plan institutionnel, le principal pilier du régime. Et après tout, le système a fonctionné jusqu'à présent en assimilant, bon gré mal gré, l'omnipotence de l'institution du Guide. Dans le passé, cette omnipotence a été l'objet de contestations de la part de certains compagnons de la Révolution, mais ils ont été tout de suite écartés du système et vite oubliés.

Dans un rapport de Reuters de novembre 2013, le Guide iranien figurait parmi les hommes les plus riches du monde. D'après ce rapport, son empire économique en 2013 atteignait une valeur de 95 milliards de dollars.

Mais il semble qu'entre-temps sa fortune se soit considérablement accrue.  En effet, le 18 mars 2018, le site internet Dolatebahar, lié à l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad, a publié deux longues lettres de ce dernier à l'attention du Guide suprême, Ali Khamenei, dans lesquelles il accusait des institutions sous le contrôle du bureau du Guide de s'être approprié par des moyens illégaux environ 190 milliards de dollars sans aucun contrôle financier.

Ce gigantesque pouvoir économique entre les mains d'un homme qui disposait en outre d'un énorme pouvoir politique et militaire dans cette région instable et excessivement fébrile du monde ne pouvait pas être considéré comme anodin.

 

 

Source RFI
https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20260228-ali-khamenei-le-guide-supr%C3%AAme-de-la-r%C3%A9publique-islamique-d-iran-est-mort