Le dossier des Chagos, pourtant présenté par Londres comme juridiquement clos, continue de provoquer des remous politiques au Royaume-Uni.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a confirmé avoir rouvert le dialogue avec Washington après les critiques publiques de Donald Trump sur l’accord de rétrocession de l’archipel à Maurice.
Une initiative largement dictée par la pression exercée par l’opposition conservatrice, qui pourtant en 2024 sous Rishi Sunak avait bien soutenu le traité.
C’est dans ce climat tendu que le projet de loi de ratification de l’accord a été temporairement retiré de l’agenda de la Chambre des Lords.
Les Conservateurs, déterminés à ralentir le processus, accusent le gouvernement travailliste de fragiliser les intérêts sécuritaires du Royaume-Uni et de ses alliés, en particulier les États-Unis, autour de la base militaire de Diego Garcia.
Londres insiste sur le fait que les arrangements militaires existants ne sont pas remis en cause.
Mais sur le fond, la question de la souveraineté n’est plus ouverte : le Royaume-Uni a reconnu formellement que l’archipel des Chagos, y compris Diego Garcia, relève de la souveraineté mauricienne.
Maurice s’appuie, de son côté, sur un acquis juridique solide et largement reconnu sur la scène internationale, qui repose sur un principe fondamental du droit international : une puissance
coloniale ne peut détacher un territoire avant l’accession d’un pays à l’indépendance.
C’est sur cette base que l’Assemblée générale des Nations unies a adopté, à une large majorité, une résolution affirmant que la séparation des Chagos en 1965 rendait le processus de décolonisation de Maurice incomplet, une position ensuite confortée par l’avis de la Cour internationale de Justice.
Le texte de l’accord bilatéral, publié par le Parlement britannique, entérine un règlement présenté comme global et définitif.
Il reconnaît noir sur blanc la souveraineté mauricienne sur
l’ensemble de l’archipel, tout en autorisant le Royaume-Uni, pour une durée déterminée, à exercer des droits étendus sur Diego Garcia afin d’assurer l’exploitation à long terme de la base militaire conjointe Royaume-Uni–États-Unis.
Londres conserve l’entière responsabilité de la défense et de la sécurité de la base, tandis que la souveraineté sur le territoire et les ressources demeure mauricienne.
Malgré les manœuvres politiques des Conservateurs, qui tentent de transformer le dossier en champ de bataille partisan, Londres
a franchi un seuil historique : c’est la première fois que le
Royaume-Uni reconnaît explicitement que les Chagos appartiennent à Maurice.
Un compromis stratégique, où les impératifs militaires mondiaux cohabitent désormais avec une souveraineté juridique pleinement reconnue.