Me.Richard Rault
A entendre les réactions hilares qui ponctuaient, depuis les bancs de la majorité, le discours du député Michael Sik Yuen, lors des débats du mardi 10 mai, sur la motion de censure de l’Opposition, force est de conclure que les membres du Gouvernement ne vivent pas dans le même pays que nous autres. Avec en prime, les sarcasmes du Loudspeaker sur les “exhibits to be tabled”, en l’occurrence quelques chou-choux, une aubergine et d’autres légumes tous achetés pour plus de Rs120, sous les moqueries de ces messieurs-dames de la majorité ! C’est à se demander s’ils vivent sur la même planète que nous autres..
La réalité du Mauricien moyen est sombre ! Nous sommes confrontés sans cesse par le cout de la vie, une inflation à deux chiffres (fruit d’une dépréciation accrue de la monnaie nationale et de la crise économique mondiale), la corruption sans précédent de nos dirigeants, la crise économique qui menace nos emplois, un chômage en pleine hausse, une balance commerciale sans cesse déficitaire, un endettement national de plus de 100% du PIB. Nous doutons de notre capacité à concevoir des lendemains meilleurs sur notre sol.
Notre jeunesse ne cesse de partir en masse et l’émigration de nos élites touche désormais même des quarantenaires, ayant pourtant relativement bien réussi leur carrière. Ils sont en effet nombreux à partir pour l’étranger. Encore plus ceux à ne pas revenir au pays, après des études souvent brillantes, en dépit même de la perspective du confort d’un entourage familial aisé. Ces jeunes et moins-jeunes ont en effet perdu confiance dans un système qui discrimine ceux qui ne sont pas dans les bons papiers du pouvoir. Pire le pouvoir en place en est à combattre tous ceux qui ne pensent pas comme lui et ne se soumettent pas à ses diktats. Nos espaces de liberté diminuent et la méritocratie se réduit comme peau de chagrin.
Ceux qui auront visionné l’intervention de Sik Yuen à l’Assemblée Nationale auront surtout découvert un discours simple, sans artifices, mais tourné en dérision par les membres de la majorité MSM. Ceux-ci, trop habitués à se moquer des députés de l’Opposition lors de leurs interventions, se sont esclaffés dès le départ. Ils auront laissé les Mauriciens sidérés par leur manque total de considération face aux difficultés que sont les nôtres. Les commentaires sur les réseaux sociaux et dans la presse n’ont pas manqué de souligner la déconnexion de la majorité avec ce qui compose la dure réalité de nos compatriotes, particulièrement les plus démunis. A l’heure où le commencement de l’hiver devrait gratifier nos étals de légumes à bon marché, ils n’auront jamais couté aussi cher. Sik Yuen le souligne bien : ce sont pourtant des produits locaux. Les rires ont alors redoublé !
Dans l’Histoire, plus du tout si récente, on aura perçu dans la production de ces légumes si onéreux par le député de Curepipe/Midlands un parallèle avec le panier de la ménagère d’Edward Heath aux élections britanniques de 1970, face à un Harold Wilson, donné favori après cinq années de gestion travailliste. A une semaine du scrutin, Heath démontra comment tous les produits de base de l’Anglais moyen avaient connu une augmentation faramineuse des prix depuis le départ des Conservateurs. Ceux-ci remontèrent alors la pente et gagnèrent les élections, ce qui fit dire à Wilson : « A week is a long time in politics ! »
Cette absence d’écoute de la part du Gouvernement, qui frise souvent le mépris de l’opinion contraire, se constate dans tous les aspects de l’actualité politique. Selon le PM, les émeutes récentes et les échauffourées qui en ont découlé sont la conséquence d’un complot politique et non celui d’augmentations inconsidérées des prix de l’essence, soit Rs18 en quelques mois, sans aucune réduction du taux de taxation des carburants. L’augmentation du transport public et auparavant du gaz ménager sont de la même veine. Le pouvoir est sourd à tous les appels et inflige ces coups de butoir répétés à une population condamnée à devoir comprendre, selon les mots d’Allan Ganoo. Ces mesures de bouche-trous effectuées aux dépens de notre pouvoir d’achat sont prises au milieu d’une vague de commentaires, où ressort un lèche-bottisme inouï de nos dirigeants face au chef du Gouvernement. Cela ne convainc qu’encore plus que PKJ vit reclus dans sa tour d’ivoire et ne saisit pas la misère populaire, pour n’entendre que ce qu’il veut.
Aucune parole de réconfort, aucune mesure sociale sérieuse ne seront venues étayer les soucis du quotidien de nos compatriotes. Même une mesure symbolique de baisse des salaires des députés et ministres, comme suggéré par Sik Yuen dans les colonnes de l’Express du dimanche, ne sont pas d’actualité. Faut-il pourtant rappeler que le PM dispose de salaires supérieurs aux plus grands dirigeants de la planète, de Xi Jinping à Joe Biden, en passant par Olaf Scholz ou Narendra Modi ? Qu’on ne nous oppose pas les Rs150 millions de subventions sur une gamme réduite de produits de base ! On ne saurait comparer cette modique somme face aux dizaines de milliards mobilisés pour doter la Mauritius Investment Corporation par le même Gouvernement.
Tout aussi sourd demeure notre Gouvernement, face aux injonctions sous Chapitre IV de la part des consultants du FMI. Ceux-ci réclament pourtant à corps et à cris le démantèlement du MIC et le retour des Rs48 Mds restants vers la Banque Centrale pour recapitaliser celle-ci. Ces recommandations visent aussi à reconstituer les réserves de la BOM comme assurer sa politique monétaire pour stabiliser la roupie face aux devises étrangères. Comprendre la ligne politique ou économique du Gouvernement est une tâche ardue: entre le règlement de comptes aux dépens du MTC, l’exécution d’une déportation vite fait bien fait, ou la poursuite du perpétuel clientélisme électoral auquel il se livre, les priorités gouvernementales semblent bien éloignées des nôtres. Autour du Gouvernement, l’on n’a eu de cesse que de profiter de bons coups au détriment du contribuable donnant l’impression que nos gouvernants n’ont aucune préoccupation de la gestion de affaires publiques, ni de leur surveillance.
Pis, le Gouvernement n’entend nullement rectifier le tir et réduire son train de vie ni toucher aux dépenses. On a encore en mémoire le dernier rapport de l’Audit sur les nombreux gaspillages des fonds publics. Aucun plan de diminution des dépenses publiques et/ou de restructuration de celles-ci pour accorder plus d’aides aux démunis, n’est à l’ordre du jour. Pas de baisse de la TVA sur les produits de consommation courante, voire les équipements de production ni sur les taxes sur le carburant ne sont à l’ordre du jour. Rien non plus pour réduire notre dépendance aux importations !
On ne nous parle pas de plan anti-carbone digne de ce nom, pour produire plus d’électricité solaire et réduire notre dépendance sur les énergies fossiles. Actuellement c’est le CEB qui approuve les applications pour raccorder à son réseau l’électricité produite par les producteurs indépendants. Le CEB, au lieu de permettre aux producteurs d’utiliser leur production et d’acheter la différence, leur impose au contraire l’acquisition de l’intégralité de cette énergie verte ET au prix fixé par ses soins. Indifférence complète du Gouvernement qui laisse le lobbying du CEB s’opérer au détriment du contribuable/consommateur. Comme fait le Gouvernement aussi pour Air Mauritius sur les billets d’avion à l’encontre du passager comme des autres opérateurs touristiques. Cette mentalité d’exploiteur du consommateur et de lui presser tout le jus, est fermement ancré dans l’esprit de nos gouvernants, qui se désintéressent de nos intérêts au profit d’intérêts privés.
Cette même indifférence, ou plutôt cette volonté manifeste de nuire, s’est encore plus manifestée avec le maintien ridicule des règlements anti-Covid, ce qui aura étouffé la MTC avec la tenue des courses in camera depuis deux ans, créant ainsi un déficit au sein de la MTC, laquelle est contrainte d’opérer comme compagnie publique via la MTCSL. Outre l’obligation d’avoir des directeurs indépendants, la MTCSL a surtout une comptabilité sous surveillance de la MRA, ce qui assure leur transparence. Si l’on comprend l’objectif de contrôler l’industrie hippique, pour combattre le blanchiment d’argent, alors pourquoi un tel régime n’est-il pas imposé aux bookmakers ou à SMS Pariaz, compagnie de Jean Michel Lee Shim, décrit comme grand bailleur de fonds du MSM ? Il faut noter que les sociétés du Tote, ont volontairement opté pour le statut de compagnie publique. Pourquoi donc ces exceptions, alors que non seulement les paris clandestins demeurent un fléau, mais qu’alors que la MTC perd les bénéfices de 4,5% des revenus sur ces paris non déclarés voilà en plus que l’État perd ainsi quelques 14% de betting tax. La GRA, comme la HRD, respectivement régulateur et ordonnateur des courses hippiques, n’en font nullement leur priorité.
On parle aussi d’exproprier la MTC de ses immeubles du Champ de Mars. Mais alors, depuis quand l’intérêt public commande-t-il d’exproprier des terres privées pour en confier la gestion à un autre opérateur privé, soit un autre organisateur des courses ? La Section 8 de la Constitution ne prévoit nullement un tel scenario. Et surtout a-t-on pensé aux conséquences avec déjà la MTC poursuivant l’État pour Rs7 Mds pour confiscation de ses droits de propriété intellectuelle. Sans parler des messages aux investisseurs étrangers qui constatent que l’État se retourne bien aisément contre un opérateur privé ! Après les Rs24 Mds payés aux détenteurs de polices de la BAI et les Rs6 Mds versés au groupe Betamax, cela fait très cher le compte des gabegies.
Encore une fois, le Gouvernement du jour ne veille pas aux intérêts du contribuable. Comme ce fut le cas dans les affaires de Pack & Blisters et les Rs1,2 Mds de commandes médicales au profit de sociétés appartenant à des proches du régime, lors du premier confinement. Comme aussi plus récemment pour le scandale du Molnupiravir. Le Gouvernement n’agit pas, dans ces divers cas, pour nous mais contre nous ! Il a de plus enclenché une vraie politique de répression à l’égard des citoyens qui le critiquent comme à l’encontre de ses adversaires. La liste des arrestations s’allonge depuis le naufrage du Wakashio et désormais, la Police est utilisée pour réprimer ceux qui manifestent.
Libre au Gouvernement de faire la sourde oreille et de réprimer les uns et les autres, elle ne fait qu’exciter davantage la contestation. La réforme de l’IBA Act comme la nouvelle législation sur la cybercriminalité n’auront pas fait taire les radios libres ni la critique sur les ondes. Au contraire, on décrit le Gouvernement comme réactionnaire et oppresseur. Aux dernières nouvelles, on apprend qu’une législation nouvelle soit en préparation. Cette Loi voudrait accélérer les sanctions à l’encontre des membres de la profession légale, en créant un tribunal spécial, ce qui évincerait la Cour Suprême dans la conduite de cette tâche. Pire le président et les assesseurs de ce tribunal seront nommés certes par le Chef Juge, mais après consultation avec l’Attorney General. Une institution d’exception donc, de nature quasi-judiciaire, mais munie de pouvoirs disciplinaires dont les effectifs seront recrutés sur recommandation de l’Exécutif.
Il y a du reste une opacité permanente, de même qu’une culture de secret dans tout ce qui entoure l’activité gouvernementale, caractérisée en outre par des pratiques systématiques de népotisme et de copinage des plus outrageants. C’est d’ailleurs à peine si le pouvoir cache sa volonté de vouloir camoufler et tente de justifier tout. Ainsi dans l’affaire de la déportation du Slovaque Peter Uricek, le Gouvernement aura agi en Cour Suprême pour bloquer l’enquête judicaire sollicitée par le DPP, bien que celui-ci ait déclenché l’enquête sur la requête du Juge en Chambre, dont l’ordre d’injonction avait été bafoué par l’expulsion du Slovaque.
Quel est donc le GPS qui actionne le Gouvernement si ce n’est une politique d’actions et de projets, dont le caractère d’intérêt public est diffus ? Déjà les éléphants blancs ne se comptent plus au registre du Gouvernement : le stade de Côte d’Or, pour Rs5 Mds, Safe City pour Rs19Mds, Metro Express au cout annoncé de Rs22 Mds ; dans ce dernier cas, il est apparent que son modèle d’exploitation ne saurait se passer de subventions publiques. Ces divers projets, comme celui des nouvelles routes au cout faramineux, mais aux résultats bien pauvres, pour ce qui est de la fluidité de notre circulation routière, sont tous exécutés par des compagnies étrangères et qui boudent l’emploi local. Nous ne cessons pour les financer, de nous endetter pour des projets qui hypothèquent notre avenir, mais qui ne boostent pas notre économie dans le présent.
Que Michael Sik Yuen, en tous les cas se rassure, quant à l’attitude moqueuse de la majorité, face à lui. A la fin de son discours, ils ne riaient plus mais nous, nous l’avons bien écouté et nous lui disons Merci.

Me.Richard Rault
15 May 2022

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