Nad Sivaramen
Nad Sivaramen

Le droit à l’information est sacré – c’est le socle sur lequel pousse toute démocratie qui aspire à le devenir – oui, la démocratie demeure un processus ; et ce droit, avec ou sansFreedom of Information (FOI), n’est pas seulement l’apanage des pays développés.

Mais qui sont les journalistes qu’on attaque sans cesse ? Ah bon ! Il faut contrôler l’information ? Et, dans ce casci, qui, quoi et comment contrôler ?

De par notre expérience de journaliste, on estime qu’il est difficile de faire croire à un citoyen de bon sens qu’un journal, qui ne peut survivre que grâce à sa crédibilité, invente des fausses nouvelles dans le but délibéré de faire du tort à X ou à Y. Ce serait, à l’évidence, une politique suicidaire. Les nouvelles inexactes – et il y en a chez nous, comme ailleurs – ne sortent pas de l’imagination de la presse. Elles ont des sources. Ces sources fournissent des détails qui paraissent plausibles.

Le lecteur sait-il que, le plus souvent, l’animosité, dans le cas d’une nouvelle inexacte, n’est pas le fait de la presse mais de la source du journaliste concerné ? Et que cette source est souvent le fait de la classe politique qui s’entre-déchire à tous coups, les coups bas n’étant pas exclus ? Et que ces sources intéressées se trouvent aussi assez souvent dans l’entourage, et même au sein du pouvoir (je dirais même au cœur du PMO) ?

Il faudrait donc que le journaliste ne se fie qu’aux sources fiables. Comment faire alors ? Car ce n’est pas écrit sur son front quand quelqu’un l’informe avec des «ulterior motives». Les difficultés de la presse ne s’arrêtent pas là. Dans tous les secteurs de la vie d’un pays, l’intérêt prime souvent sur la vérité. Entre industriels, commerçants, fournisseurs, conseillers-fossoyeurs, experts, candidats, travailleurs sociaux, avocats véreux et journalistes/reporters-mercenaires, on ne se gêne aucunement pour se lancer des peaux de bananes.

Puis, vient le conseiller juridique, qui a souvent beau rôle de souligner que notre code de déontologie nous déconseille de ne se fier qu’à une seule et unique source ; le journaliste doit, selon le légiste, contrôler l’information qu’il a reçue, il doit confronter les parties concernées et adverses, il doit douter des détails et des perceptions, il doit prévenir tout sujet concerné qu’une information le concerne ; et, pour agir, selon ce code, il faut trouver des gens souvent indisponibles. À noter que cette source, si seule, est invitée à donner des preuves tangibles de ce qu’elle dit (comme dans le cas d’Ameenah Gurib-Fakim ou celui d’Anoop Nilamber).

En somme, entre le briefing matinal et le «deadline» éditorial, il est demandé au journaliste de procéder à une étude, à une enquête en profondeur du genre de celles qui prennent jusqu’à des années aux experts, au judiciaire et aux commissions d’enquête et à la police ! Surtout quand l’on fait tout pour ne pas venir de l’avant avec une loi – et surtout une culture – relative au FOI.

Mais les journalistes ne sont pas le Bon Dieu, pardi ! La justice est bien placée pour savoir que deux parents d’un même enfant ou trois témoins d’un même incident peuvent donner, sous serment, des versions différentes de ce qui s’est réellement passé. Et il n’est pas rare que les témoignages contradictoires soient également de bonne foi. «Les perceptions et les circonstances colorent différemment une même situation.»

Au final, tout journaliste qui a pu, en diverses occasions, vérifier qu’une source est «fiable» n’a aucune garantie qu’elle ne sera pas, un autre jour, malsaine. Il faudrait des volumes pour faire le tour des responsabilités réalistes du journaliste. Il est victime des circonstances, fautif d’être crédule, quelque-fois fautif tout court. Mais s’agissant des relations entre la classe politique et la presse, comme ces attaques de la presse pro-royaume saoudien contre Khashoggi, ou ces tentatives de musellement des gouvernements Ramgoolam ou Lepep contre l’express, il existe un danger encore plus périlleux : c’est la désinformation, les désormais fameuses Fake News.

Alors que la fausse nouvelle délibérée et pernicieuse nous paraît d’ordre exceptionnel, la désinformation délibérée est rampante, aussi fréquente en tous cas que la médisance et la calomnie de bouche à oreille dans toute la population. En somme, on demande à la presse d’être vertueuse, à cheval sur les principes, obéissante à une éthique supérieure, alors qu’elle n’est, souvent, que le reflet de la société, véhicule d’un dialogue nécessaire à la démocratie. Certains, heureusement, s’accrochent à des principes immuables et à un idéal, et se font un point d’honneur d’élever le débat ou… de freiner la chute vers l’enfer !

N’oublions pas que nous avons déjà survécu à la censure sous SSR, la tentative d’asphyxie financière sous SAJ et, plus récemment, sous Navin Ramgoolam, ou la tentative d’enfermement sous Pravind Jugnauth…

-Nad Sivaramen

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