Comment sir Anerood Jugnauth est-il parvenu à se maintenir au pouvoir pendant 13 ans, soit de 1982 à 1995 ? Pour nombre d’observateurs, son pragmatisme y est pour beaucoup. Cela pouvait même friser l’opportunisme…

Il était loin d’être un idéologue. Il n’était donc pas amateur des grandes envolées lyriques. Pour lui, le plus important était l’action et la prise de décision. Cette façon de trancher dans le vif, à la fois une qualité et un défaut, est devenue sa marque de fabrique.

Pour sir Anerood Jugnauth, rien n’était plus important que de prendre une décision, si possible la bonne, dans un contexte donné. C’est son pragmatisme qui lui a fait dire en 1983 la phrase « moralite pas rempli ventre ». C’était en réponse à ses détracteurs qui reprochaient à Maurice d’avoir accepté un don de riz de Taïwan alors que le pays ne reconnaissait que la République populaire Chine.

Très souvent durant sa longue carrière politique, il est revenu sur ce sujet. Il trouvait les critiques injustes, d’autant que le pays n’avait, à l’époque, presque pas de réserves alimentaires. Sans ce riz de Taïwan, ça aurait été la famine à Maurice, disait-il.

Le pragmatisme de sir Anerood Jugnauth était encore plus visible sur le plan politique. Pour conserver le pouvoir, il n’a pas hésité à embrasser les ennemis d’hier, à renier les amis d’aujourd’hui et même à tout mettre en œuvre pour empêcher ses adversaires de s’allier contre lui. En 1983, il n’hésita pas à s’associer au PTr et au PMSD, les ennemis d’hier, après avoir créé le Mouvement socialiste mauricien. Cela, pour combattre le MMM, son ancien parti, et ses anciens camarades.

Pour les élections de 1987, son pragmatisme le force à s’allier de nouveau avec sir Satcam Boolell, alors leader du PTr, pour barrer de nouveau la route au MMM et son nouveau leader, Prem Nababsing.

En 1990, pour éviter une alliance entre le PTr et le MMM, sir Anerood Jugnauth met tout en œuvre pour se rabibocher avec les mauves. C’est la réunification de la grande famille militante. Paul Bérenger, qui n’est pas au Parlement, devient conseiller en matière de désarmement. Sir Anerood dira alors qu’il ne pouvait rester sur la gare alors que le train est en marche.

En 2000, pragmatique toujours, afin de retourner au pouvoir et surtout permettre à son fils de prendre une option sur le poste de Premier ministre, il accepte l’accord à l’Israélienne, soit un partage du mandat premier ministériel. Pravind Jugnauth ne s’étant pas fait élire en 2005, qu’à cela ne tienne, son père s’active à concrétiser le fameux accord PTr-MSM-PMSD de 2010… après un retour de Pravind Jugnauth au Parlement grâce au soutien des travaillistes à la partielle au no 8.