Alexandre Laridon
Alexandre Laridon

Avant de tourner la page 2020, il est impératif de prendre du recul et de faire une rétrospective de cette année qui a été une année pour le moins particulière dirait-on. Non pas parce qu’elle a été une meilleure année que les précédentes avec tout plein de résolutions, de plans, de projets et d’ambitions… Loin de là ! Alors que cela aurait été le vœu de tout un chacun. Mais principalement, parce qu’elle a été marquée par un virus qui est venu tout bouleverser et qui a eu des séquelles non seulement sanitaires mais aussi économiques, politiques et sociales dont on ressent toujours les effets. Une situation certes sans précédente, qui a permis quand même au monde de réaliser qu’on était bien plus vulnérable que l’on imaginait. Mais 2020 a surtout été une année douloureuse et des plus scandaleuse que notre petite ile Maurice ait pu vivre.

Depuis les dernières élections générales de 2019 avec son lot de polémique qui s’en est suivi par des pétitions électorales déposées en cour suprême, 2020 n’a, pour le moins que l’on puisse dire, pas démarrer sur des chapeaux de roue comme l’aurait souhaité la nouvelle équipe du gouvernement fraîchement élue à ce moment-là ; mais plutôt au quart de tour avec un virus qui pointait le bout de son nez vers une île Maurice qui était économiquement déjà dans le rouge. Mais la goutte d’eau qui aura fait déborder ce vase déjà rempli d’une eau trouble et opaque aura été les scandales qui se sont enchainés…
D’abord, il y a eu ce cauchemar collectif suite à l’annonce d’un « total lockdown » dès les premiers cas positifs de covid-19 sur le territoire, créant momentanément une panique pas possible au sein des familles mauriciennes, surtout celles qui n’avaient pu se réapprovisionner en termes de produits de première nécessité. Une cacophonie totale ! Et le pire, malgré le fait que nous ayons dû enterrer une dizaine de victimes à cause de ce foutu virus, c’est que nous avons eu quelques profiteurs de service, proches du cercle du soleil, qui en ont saisi l’occasion afin de se faire des sous, de surcroît des millions durant cette période de faiblesse pendant que d’autres se demandaient s’ils allaient toujours pouvoir garder leur emploi ou pas.

Nous avons pu également découvrir grâce au leader de l’opposition, le Dr. Arvin Boolell, l’opacité autour de l’achat des équipements et des « ventilators » durant le confinement sous l’emergency procurement avec des contrats juteux de plus de Rs 476 millions alloué par le gouvernement mauricien à une compagnie espagnole, Pack and Blister qui est connu pour ces antécédents pas très net avec un passé très lourd. Puis s’est enchainée par la même occasion, la révélation sur les contrats alléchants pour la fourniture des masques de protections, des solutions hydro alcooliques ou mêmes des caméras thermiques par des entreprises qui n’ont rien à voir avec le domaine pharmaceutique et médical.
Ensuite, il y a eu le scandale politico-financier concernant l’achat des turbines par le Central Electricity Board (CEB) avec des allégations de pots-de-vin à des officiels mauriciens révélés par la Banque africaine de développement (BAD). Une affaire connue aujourd’hui comme L’affaire St Louis qui a vu la révocation du Ministre Collendavelloo par le chef du gouvernement.

Alors que le citoyen lambda essayait tant bien que mal à digérer tous ces scandales qui puaient les uns plus que les autres, l’on apprenait entre temps que l’ile Maurice se faisait inclure sur la liste noire des centres financiers de l’union européenne; portant par la suite un lourd préjudice à l’économie nationale et compromettant la bonne réputation de notre juridiction, alors que ce pays s’est positionné au cours de ces trois dernières décennies comme le conduit privilégié pour des investissements, qu’ils soient à destination et en provenance de l’inde, du continent africain et d’Europe. Un véritable coup de massue, diront ceux qui sont dans le secteur !

Quelques semaines plus tard, nous avons eu le naufrage du MV wakashio sur nos récifs au mois de juillet avec la mauvaise gestion de la marée noire et tout le flou entourant l’échouement de ce vraquier dans nos eaux territoriales. Ce qui nous a permis de mesurer l’incompétence de ce gouvernement alors qu’il faisait le pitre avec leurs points de presse à deux balles devant un tel désastre écologique, pendant que les citoyens mauriciens quant à eux, armés de leur courage, n’ont pas perdu de temps pour mettre la main à la pâte afin de minimiser l’impact sur nos côtes et dans nos lagons. Ceci évidemment avec les moyens du bord !

Cette marée noire qui aurait pu être évitée mais qui a malheureusement touché l’île aux aigrettes et le parc de Blue Bay, deux sites marins protégés qui possèdent une faune et une flore endémique unique dans cette partie du monde se retrouve par ricochet avec des conséquences économiques importantes. Cette zone du sud-est qui vit principalement du secteur touristique, déjà à genou depuis le confinement, s’est vu doublement affectés avec la dégradation de son paysage et la contamination des animaux dans le lagon touchant ainsi et directement le quotidien des pêcheurs. Ceci dans un contexte de covid 19 qui est déjà un coup dur pour toute l’économie mauricienne.

D’ailleurs le ministre des finances avait à plusieurs reprises souligné durant cette période que le taux de chômage pourrait se corser avec une contraction de l’économie dû aux effets de la pandémie. Ce qui représenterait une décroissance avec un taux de perte d’emploi estimé à plus de 100,000 d’ici peu selon Statistics Mauritius.

Et pour finir, n’oublions pas le fameux scandale d’Angus Road ! Les échanges au sein de l’hémicycle, les subterfuges, les clashs et les attaques à travers les différentes conférences de presse, les soi-dit menaces de “atann zot pu trouver” et les coups bas lors des discours officiels en disent long sur toute cette affaire – dont nous laissons la liberté au tribunal de l’opinion publique de tirer leur propre conclusion.

L’année 2020 restera sans aucun doute une année douloureuse et inoubliable. Mais il y a une chose dont nous devrions nous rappeller et en être fière, c’est l’humanité et la solidarité qui ont animé les Mauriciens durant ces moments difficile. Peu importe le gouvernement en place, s’il y a une chose qu’ils ne pourront y toucher; c’est cet éveil citoyen et cette fibre patriotique qui prend le devant quand il est question de leur île et de leur dignité. C’est avec une telle énergie que nous devrions entamer cette nouvelle année 2021 qui sera une année charnière. Mais pour pouvoir le faire, il faut déjà pouvoir regarder dans le rétroviseur, comprendre ce qui s’est passé et être plus attentif aux petites choses qui touchent notre quotidien. Et ce n’est qu’en étant pessimiste par l’intelligence et optimiste par la volonté que nous arriverons à surmonter les épreuves qui nous attendent !
Sur ce, une très bonne année 2021 à vous tous !

Alexandre Laridon


* The views and opinions expressed in this article or blog are those of the authors and do not necessarily represent the official policy of Top Fm, and affiliates of the group.

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