Nad Sivaramen
Nad Sivaramen

Une semaine après s’être réfugié derrière l’ICAC, le Premier ministre n’a même pas eu à se lever, hier, pour la deuxième Private Notice Question (PNQ) sur le nébuleux dossier Angus Road. Le speaker s’est d’abord érigé en censeur pour modifier la PNQ d’Arvin Boolell et éliminer toute référence, directe ou indirecte, au délit de blanchiment d’argent, la vidant ainsi de toute sa substance. Puis, il a fait physiquement barrage, en se mettant sur ses pieds, et en expulsant le leader de l’opposition, qui, avec raison, refusait de poser une PNQ réécrite par le speaker. C’est du jamais-vu dans l’histoire parlementaire. Au chapitre de la transparence, Sooroojdev Phokeer a franchi une limite qu’on ne peut plus tolérer au sein de notre démocratie parlementaire. Ce qui d’ailleurs a embarrassé plus d’un parlementaire à l’Assemblée nationale hier, y compris dans les rangs de l’opposition, tellement le parti-pris du speaker insultait l’intelligence collective. L’heure est grave, pour dire le moins.

Ce qui est amusant ou révoltant c’est que Pravind Jugnauth ne cesse de répéter qu’il en a marre des «allégations» de l’opposition et de la presse — surtout de l’express, aime-t-il rappeler (comme si on était devenu sa seule cible médiatique). Depuis l’éclatement de l’affaire Angus Road, tout le monde aura remarqué que Pravind Jugnauth choisit de ne pas jouer le jeu de la transparence — nos nombreuses questions sur Angus Road restent, du reste, sans réponse sur son bureau — et sur celui de ses conseillers en com, devenus plus muets que jamais.

Pravind Jugnauth ne veut (ou ne peut) pas répondre, mais il prétend qu’il a des éléments de réponse. Il choisit alors son audience… acquise à sa cause pour faire sa propagande. Ses plateformes privilégiées demeurent la MBC et les associations socioculturelles, comme lors de la célébration de Divali, dimanche, à Triolet. Tel Donald Trump, Jugnauth a compris qu’il ne faut pas entrer dans le fond du débat (de peur de se noyer dans ses contradictions), mais fusiller les médias, qui auraient un agenda caché contre lui. En fait, c’est le PM qui cache la vérité, de concert avec Navin Beekarry et Sooroojdev Phokeer, deux de ses nominés, sur qui Pravind Jugnauth a un pouvoir de vie ou de mort.

Mais heureusement que le speaker et le DG de l’ICAC ne peuvent pas tout verrouiller. Il existe encore une presse libre. Alors posons les questions qui fâchent. Jusqu’à quand pourra-t-il rester silencieux sur les Rs 20 millions qu’Alan Govinden a versées en Angleterre à Paddy Rountree/Bel Air Sugar Estate pour l’achat de l’un des terrains de Vacoas ? Que répond-il par rapport aux cinq reçus démontrant des paiements en liquide circulés par Arvin Boolell ? Si cela ne relève pas du délit de blanchiment sous la FIAMLA, pourquoi ce silence assourdissant ? Enfin, ce qui gêne le plus ses ministres, c’est pourquoi le vice-Premier ministre Ivan Collendavelloo a dû démissionner pour moins que cela ? L’ICAC de Beekarry n’enquête-t-elle pas sur les deux dirigeants… alors pourquoi deux poids, deux mesures ?

Nad Sivaramen

( éditorial paru dans l’édition de l’express du 11 Novembre 2020)


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