Malenn Oodiah
Malenn Oodiah

Juste après les manifestations du 29 août et du 12 septembre, la grande question était « What next ? ». Deux mois se sont écoulés depuis et le « what next ?» se dessine mais prend son temps sur fond d’autres temporalités qui se télescopent. Il y a le vieux monde qui s’accroche et le nouveau qui tarde à naître. C’est normal. Le changement ne se décrète pas.

Notre société vit un moment inédit avec une profonde crise économique et sociétale. Le what next? ne va pas être simple si on ne veut pas tomber dans le piège de la démagogie populiste.

Sortir de cette crise exigera de grandes qualités de la part de ceux qui ont pour mission de gouverner. Pravin Jugnauth nous démontre qu’il n’est pas un leader national qu’exige la présente situation. Il est un petit chef de parti, d’un clan. Le pays n’est pas son tracas !

Gestion hors sol et communication pervertie

Le gouvernement avec à sa tête Pravin Jugnauth a comme seule et unique préoccupation, le pouvoir. Il persiste avec le « seul contre tous ». Il nous la joue à la MODI avec sa présence médiatisée à des fêtes religieuses et commémoratives qui vont se multiplier en cette période de Divali. Il sillonne le pays en inspecteur de travaux. Il fait des marches, se convertit au fait alternatif avec l’équation 24/7 ne voulant pas dire 24/7. Il est un maître de l’esquive ; sur Angus Road il menace et dit qu’il est en train des rassembler les éléments. Mais à l’Assemblée nationale, il brandit le cas devant l’ICAC. Pourquoi ? Si tout était clair il aurait vite réglé la question en disant tout simplement la vérité et en publiant ses « éléments ».

Il faut compter gaffes et oublis – gaffe sur la sortie contre les Etats-Unis et la Grande Bretagne et absence de message aux chefs de gouvernement frappés par des attaques d’extrémistes. Il se contente de dire des évidences de manière déconcertante. Le gouvernement colmate avec des mesures « Panadol ». Il n’y a pas de vrai plan de sortie de crise suite à un diagnostic sérieux. C’est trop demander, nous dit-on, à quelqu’un « qui est égotique, arrogant, suffisant, complexé ». La folie de grandeur n’est pas loin. Avez-vous entendu parler de la proposition de candidature de Maurice pour siéger au Conseil de Sécurité des Nations Unies en 2024 ? Faut-il en rire ou en pleurer ?
PTR – MMM-PMSD, l’entente mésentente?

A voir le jeu de positionnement des acteurs, principalement Ramgoolam et Bérenger, l’entente politique se cherche. Serait-ce la guerre, même pas feutrée, des chefs de 2014 version 2020 ? Roshi Bhadain a été écarté. Du moins pour l’instant. Il continue son combat prenant pour cible Pravin Jugnauth et la Reform Party est présente aux villageoises.

Qui va être sur le front-bench d’un éventuel gouvernement de l’Entente ? C’est le tracas de certains. L’entente avait annoncé qu’elle doit trouver un accord sur le programme et la répartition des postes constitutionnels. Ce qui indique bien qu’ils n’ont rien compris du changement réclamé et souhaité. Navin Ramgoolam parle de compromis qui peut être problématique. Paul Bérenger insiste de son côté qu’il n’y pas d’alliance électorale pour l’instant.

Arvind Boolell fait son travail de leader de l’opposition avec élégance tout en étant forceful. Une partie de l’opinion trouve qu’il ne cogne pas assez face à des adversaires prêts à tout. Les composantes de l’entente ont chacun des problèmes internes. Il faudrait trancher ce bicéphalisme du PTr au plus vite. Il y l’omniprésence et omniscience de Paul Bérenger qui lui aussi a à gérer un plan de succession avec un Reza Uteem qui cache de moins en moins son ambition. On n’entend pas trop Xavier Duval.

L’entente PTr-MMM-PMSD a été incapable de faire une mobilisation commune – marche ou rassemblement. Une bonne partie de l’opinion est critique, reste défiante vis-à-vis de l’entente et trouve qu’elle n’a pas reçu les messages des marches. Il semble bien que c’est business as usual, du pareil au même.

Quid des autres forces sur l’échiquier ?

Kolektif Konversasion Solider et le « mouvement » Bruno Laurette
L’axe Kolektif Konversation Solider et le « mouvement » Bruneau Laurette va-t-il tenir la route ? C’est une question importante pour voir comment vont se dessiner les contours des forces alternatives, s’il y a une convergence pour l’alternance. Les deux entités se cherchent après les évènements de juillet-août-septembre.

Bruneau Laurette est à la croisée des chemins. Il est déterminé et est actif sur plusieurs fronts. La marche du 8 novembre au No. 8 a pour thème le bilan d’un an au pouvoir de l’Alliance mauricien avec comme Pravin Jugnauth comme Premier ministre. Un courant important de l’opinion l’a soutenu le 29 août et continue à le faire.

Ce courant croit en lui et veut voir davantage que des marches. Bruneau Laurette a évoqué la naissance d’une entité citoyenne plus structuré avec une équipe et un manifeste. Il lui faut être à la hauteur de l’espoir placé en lui, même s’il est en période d’apprentissage sur un terrain politique où il a été projeté. C’est une énorme responsabilité qui va lui demander beaucoup de qualités.

une crise économique systémique

Le pays connait une profonde crise socio-économique qui ne fera qu’amplifier. Certains piliers s’écroulent. La crise impactera en 2021 plus d’un tiers de la population active. C’est un chômage massif à l’horizon quand il n’y aura plus de sérum de la MIC pour soutenir les entreprises. Les classes moyennes va se retrouver parmi les victimes ; même la couche supérieure sera impactée. La misère noire atteindra de nouveaux pauvres en raison d’une politique de relance qui creuse les inégalités et alimente la précarité. C’est le temps de la nécessité – satisfaire les besoins de base – et de l’adversité – obstacles et manque de moyens pour les satisfaire. Et il faudrait compter trois ans au moins pour une sortie de la crise systémique qui frappe le pays.

La population et la société civile

Au sein de la population existent plusieurs groupes, dont un très actif. Il est constitué de bénis oui-oui, des pouvoiristes aveuglés par leur pouvoir et conforts. Ils n’aiment pas la vérité qui blesse et défendent l’indéfendable et sont adeptes du fake. Que peut-on attendre des « roder bout » ?

Ce que les différentes couches de la population vivent est très compliquée avec le télescopage des crises – sanitaire, économique, démocratique, éthique et psycho-sociologique. Toute la population est affectée et souffre d’une peur quant à l’avenir en raison du manque de visibilité. L’impatience, le fatalisme, l’impuissance, la résignation et la colère se manifestent. Il y a aussi des forces plus ou moins organisées qui essaient de prendre des initiatives sur plusieurs fronts pour ne pas tomber dans le désespoir et l’impuissance. Il faut entretenir précieusement l’espoir.

Toutefois, la société civile reste fragmentée ne pouvant offrir qu’une résistance–confetti. Par ailleurs, seul le mode commentaire sur les réseaux sociaux ne va aider à construire demain. En l’absence d’une alternative claire et crédible, elle est perdue. Quand on met à l’agenda le « quoi faire, le comment faire et par qui ? » pour amener le changement souhaité, ça se complique.

Ce dont le pays a besoin idéalement c’est un front animé par des hommes et des femmes de progrès disposé.e.s à se remuer les méninges et à se retrousser les manches pour mettre la tête ensemble afin de sauver notre pays d’un naufrage.

Malenn Oodiah
3 novembre 2020


* The views and opinions expressed in this article or blog are those of the authors and do not necessarily represent the official policy of Top Fm, and affiliates of the group.

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