Malenn Oodiah
Malenn Oodiah

Nous avions écrit il y a trois mois de cela qu’il fallait se préparer pour un « worst case scenario » pour le secteur touristique. Aujourd’hui nous y sommes dans ce worst case scenario, et même en pire de ce qui se voyait déjà il y a trois mois. C’est un fait que les autorités – le ministre des Finances et le Deputy Prime Minister et ministre du Tourisme – de même que les grands opérateurs du secteur n’ont pas vu venir ce qui était pourtant élémentaire. On mettra ça sur le compte du déni, de l’incapacité de voir autre chose. Ils n’ont pas saisi le sens de la nature inédite de la crise provoquée par le Covid-19 avec la crise du transport aérien et celle de l’industrie du voyage.

L’ouverture des frontières allait selon eux tout résoudre et les arrivées touristiques allaient repartir tranquillement même si cela allait être un peu lent. On a beaucoup tergiversé avec une ouverture des frontières en phases ; il y a eu des couacs et ses limites. Pendant ce temps, la pandémie est repartie et paralyse toute l’Europe, notre principale marche touristique. Dans de nombreux pays, c’est le confinement localisé alors qu’en Irlande c’est le confinement total.

L’ouverture des frontières ne va pas amener les touristes. Les réservations centralisées sur la plateforme de la MTPA nous donnent une indication claire et nette. On peut oublier la prime season de 2020/2021. Le manque à gagner pour 2020 va être autour de Rs 60 milliards en devises. Jusqu’à la semaine dernière, les autorités avaient tablé sur l’ouverture des frontières pour mettre fin au Wage Assistant Scheme et au Self Employed Assistant Scheme pour les travailleurs du secteur. En d’autres mots, il n’y aurait plus de serum. La semaine dernière, prenant acte de la gravité des tendances, le ministre des Finances a évoqué que si besoin est, il va prolonger ce mécanisme jusqu’en juin 2021.

Mais nous pouvons dire depuis maintenant que la situation ne va s’améliorer en juin au point où les hôtels et autres opérateurs puissent opérer afin d’assurer le payroll de leurs employés et financer leurs opérations pour break even. Il est difficile, compte tenu les tendances des différents paramètres de base, de ressoudre l’équation de la demande et de l’offre quand on ne sait pas ce qui va advenir à Air Mauritius. Le pays court un réel risque d’entretenir une force de travail pour ne rien faire avec une partie importante du parc hôtelier existant transformé en parc fantôme.

Il faut déjà commencer à réfléchir sur ce qu’on va en faire – reconversion en home, en logement, en centre éducatifs, en centre de loisirs et culturels. C’est surement l’occasion aussi de regarder en face les impacts du changement climatique sur les constructions en bord de mer. Chose que l’on se refuse encore de faire. Il y a toute la question de la reconversion de la main d’ouvre qui sera affectée. Les milliards de roupies d’aide de la MIC aux conglomérats du secteur, au-delà de l’opacité inacceptable qui les entoure, soulève un autre problème de fond : l’utilisation de ces milliards va d’être un gâchis si elles ils injectées dans un modèle qui s’écroule…

Si nous ne voulons nous retrouver avec plus de 60 000 personnes sur le pavé en juin 2021 quand il y aura inévitablement un sevrage du sérum, il faut impérativement que les autorités et le secteur privé se mettent à table rapidement avec à l’agenda un plan de transition sur les trois prochaines années pour le secteur touristique. Qu’on se le dise : il faut oublier le modèle du tourisme d’avant 2020. Il faut tout repenser pour tout reconstruire de manière durable.

Et nous sommes tentés de crier aux élites politiques et économiques dépassées : au diable avec les workshops et autres webinaires aux objectifs prétentieux qui ne servent à rien si ce n’est de flatter les egos des organisateurs. L’heure n’est pas aux gimmicks de green and social washing mais aux actions concrètes et performantes. Il en existe au-delà des pseudo-propositions et initiatives « panadol ». Il suffit d’écouter ! L’AHRIM tout comme tout le secteur privé sont en panne de réflexion stratégique. Grave.

Business Mauritius se réveille et prévoit des moments très difficiles après avoir plaidé pour un dialogue plus structuré entre gouvernement et secteur privé. Le ministre de Finances a réagi pour évoquer la nécessité d’une bonne entente avec le secteur privé. Mais le secteur privé ne se réduit pas à seul Business Mauritius. Pour lutter contre la casse sociale en cours et qui va s’aggraver dans les semaines et mois à venir, il faut mettre on board les PME et les TPE qui emploient près de la moitié de la population active. La misère noire qui s’installe va s’intensifier en 2021 et va vite rattraper le bullshiting autour d’une reprise économique en 2021.

Malenn Oodiah
22.10.2020


* The views and opinions expressed in this article or blog are those of the authors and do not necessarily represent the official policy of Top Fm, and affiliates of the group.

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