Michaëla Seblin
Michaëla Seblin

Ainsi donc, le ministre Bodha annonce la création d’une base de données d’experts mauriciens à la retraite ou en service, à qui le gouvernement pourrait faire appel avec les objectifs suivants : «To enable Mauritius, through the deployment of those experts/practitioners if opportunities arise, to share its socio-economic development experience and best practices with other friendly countries from South-South Cooperation perspectives and by extension to deepen relationships and partnership with relevant institutions at the regional and international levels; to provide the list for experts/practitioners a possibilities for challenging responsibilities and offering their respective consultancy services in various modes (independent, free-lance, virtually, part time/temporary consultancy assignments, etc.) which, in turn, would project the brand image of Mauritius and the merits of our development model; and to allow Mauritius to “export” its knowledge, expertise and talents as part of our overall economic diplomacy initiatives.»

En soi, l’initiative n’est pas mauvaise quand l’on sait le peu de considération du gouvernement par rapport aux intelligences des Mauriciens. Mais cette idée, si intéressante soit-elle pour ceux qui souhaitent apporter leur contribution à notre pays, appelle deux commentaires. (i) D’abord, alors même que des centaines de diplômés gonflent les rangs des chômeurs, alors même que des chiffres inquiétants sont circulés sur le nombre de jeunes sans emploi – qui va croître d’ici décembre –, la priorité du gouvernement serait donc d’embaucher des Mauriciens qui ont déjà fait leur carrière, étant soit à la retraite, soit travaillant déjà ailleurs mais qui pourraient offrir leur service.

(ii) Ensuite, voilà un porte-parole du gouvernement qui découvre qu’on pourrait faire appel à l’expertise mauricienne alors que, parallèlement, les professionnels compétents sont souvent poussés à la sortie pour faire de la place à des nominés politiques sans aucune connaissance du domaine où ils sont catapultés. Doit-on ici souligner l’indécence de la nomination de Somduth Dulthummun comme président du Mauritius Museums Council ? Pour quelle raison n’a-t-on pas ici fait appel à un expert en gestion des musées et patrimoine culturel ? Est-ce que les Mauriciens ne méritent pas d’avoir un professionnel à la tête de ces musées ?

Doit-on aussi revenir sur l’incroyable nomination de Sandya Boygah à la tête du Mauritius Standards Bureau, quand l’on sait que la professionnelle Rashida Nanhuck, qui assurait l’intérim au poste de CEO de cette institution pendant huit ans, en comptant 30 ans d’expérience, a, elle, du coup, préféré démissionner, s’en allant la tête haute après avoir fait ses preuves au sein de cette institution ? Quelle compétence détient Sandya Boygah, si ce n’est sa proximité avec le pouvoir qui, sans hésitation, préfère sacrifier un esprit connaisseur pour caser un des siens ?

Combien de Rashida Nanhuck – dont l’inspirant et riche parcours est raconté avec délicatesse par Amenah Jahangeer Chojoo dans un émouvant récit publié dans une récente page forum de notre confrère Le Mauricien, sous le titre Rashida, la fille de Zubeida (khala roti) – ne connaît-on pas autour de nous ? Combien de places sont arrachées aux vrais compétents et offertes en cadeau à ceux et celles qui n’hésitent pas à s’installer dans des fauteuils dont ils sont indignes ? À un moment où une majorité de citoyens s’attend à un changement en profondeur de tout un système qui favorise passe-droits, népotisme et copinage dégoûtant, à un moment où ceux nommés n’ont même pas l’honnêteté de refuser des postes qui ne sont pas dans leur champ de compétence, l’on ne sait plus si l’on doit rire ou pleurer devant l’appel du ministre Bodha !

Michaëlla Seblin

(opinion/éditorial publié dans l’édition de 5Plus dimanche 11 octobre 2020)


* The views and opinions expressed in this article or blog are those of the authors and do not necessarily represent the official policy of Top Fm, and affiliates of the group.

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