Habib Mosaheb Editorial
Habib Mosaheb

Ce sont toujours les employés et les travailleurs qui paient les pots cassés quand une compagnie se retrouve en eau trouble, ou en pleine tempête, débouchant sur un naufrage ou un crash.  Tout cela en raison d’une mauvaise gestion et de décisions catastrophiques du top management et du Conseil d’administration. Ce triste scenario s’applique aussi (et surtout) aux compagnies où l’Etat est l’actionnaire majoritaire.

Permettez-moi de revenir sur le cas d’Air Mauritius. Les employés vivent dans l’angoisse depuis quelques temps.  Et attendent la décision de l’Administrateur. Beaucoup d’entre eux ont travaillé de nombreuses années dans cette compagnie ; ils ont construit leur vie autour de MK. Comme beaucoup de Mauriciens, grâce à leurs salaires ou même des emprunts, ils financent les études de leurs enfants. Certains ont contracté des emprunts pour construire une maison ou en acheter une autre pour les enfants. Aujourd’hui, leur sort dépend d’une personne qui était directement impliquée dans la liquidation de la BAI, et la vente de ses assets, il y a cinq ans. Il leur sera très difficile de trouver un autre job dans le même secteur d’activités, un secteur en pleine crise.

Pourtant, ils n’ont pas fauté. Généralement, ils ont bien fait leur travail. Ils n’ont pas bénéficié des transactions commerciales de la compagnie, notamment l’achat d’avions, la saga du « hedging » ou encore l’ouverture d’un couloir aérien vers l’Asie. Pourquoi alors doivent-ils payer pour les mauvaises stratégies des autres ? Pour les mauvaises stratégies des décideurs ? Pourquoi doivent-ils payer pour les magouilleurs qui ont toujours utilisé leur connexion, leur proximité, voire leur intimité, avec le pouvoir ?

C’est triste. Et honteux. Encore plus avec les amendements à la loi votés récemment par le gouvernement, dont certains sont, on dirait, taillés sur mesure pour faciliter les licenciements à Air Mauritius. D’autant que la compagnie est en faillite et l’administrateur a le pouvoir de mettre à la porte une partie du personnel.Air Mauritius

A la SBM, nous n’en sommes pas là, heureusement. Pas encore en tout cas. Mais déjà, le management a décidé d’enlever certains benefits, certains droits acquis, en raison de la situation financière difficile, C’est triste et honteux.  Les décideurs ne seront pas inquiétés. Ce gouvernement n’ira pas jusqu’à initier une enquête indépendante sur la performance de ses nominés. Même si ces derniers sont responsables directement de ce drame qui affecte des d’employés innocents…

En tous cas, ici à Top FM, nous sommes solidaires des travailleurs et employés d’Air Mauritius qui risquent de perdre leurs emplois. Nous comprenons leur inquiétude, leur angoisse.

Mais s’il vous plaît, ne jetez pas les armes. Restez unis derrière vos syndicats. Pour que la lutte continue pour retrouver vos droits.

Poursuivons le combat contre les potentats qui ont toujours bénéficié de l’impunité… et continueront à faire « maja karo ». Et le feront aussi longtemps que leurs protecteurs seront au pouvoir.

Habib Mosaheb

*Ce texte est une version en français de mon éditorial diffusé sur TOP FM Radio, ce dimanche 24 mai, dans l’émission « Kozé Do Mo Pep ».

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