Les neuf Mauriciens qui nourrissaient des espoirs légitimes de regagner leur pays n’ont pu que regarder les rivages de leur terre natale défiler sous leurs yeux pendant que leur bateau quittait graduellement les eaux mauriciennes.

Le gouvernement s’est montré intransigeant. Il ne permettra pas au MS Volendam d’accoster Port-Louis afin de permettre à ces Mauriciens de débarquer à Maurice.

Alors qu’ils auraient pu fouler le sol mauricien en quelques heures, nos compatriotes devront rester en mer pendant encore plusieurs semaines, voire plusieurs mois, car leur bateau va mettre le cap sur les Philippines en passant par l’Inde.

Pourquoi une telle intransigeance alors que les autorités sont en train de rapatrier des Mauriciens de Londres, Paris, Inde, etc ? D’autant que ces neuf Mauriciens, qui sont en mer depuis des semaines, ne présentent aucun symptôme de Covid-19 et, de toute façon, auraient été envoyés directement en quarantaine sitôt un pied posé à terre.

L’intransigeance des autorités pourrait s’expliquer par l’absence de coeur du gouvernement. Ou alors de cervelle ! Ou bien même des deux ! Le gouvernement ne veut pas laisser accoster le bateau de croisière transportant les neuf Mauriciens alors que c’était son devoir, car il en va du droit constitutionnel de CES mauriciens, de tout mettre en œuvre pour les ramener.

Certains ont bien pris la décision d’attendre que des VVIP, leurs conjoints et leurs enfants rentrent au pays avant de fermer les frontières. À cette époque, la bataille sanitaire faisait rage. Le nouveau coronavirus profitait de chaque jour d’indécision pour gagner encore un peu plus de terrain. Et pourtant, l’on a attendu plusieurs jours avant de prendre la décision douloureuse de couper Maurice du monde. Et l’on ose se vanter d’avoir bien géré la crise !

L’ignorance et l’incompétence à la tête du pays étaient telles que l’on n’a pas réalisé qu’en Europe, il n’y a pas de frontières. Pendant que la pandémie frappait l’Italie de plein fouet, les Français et autres étrangers étaient encouragés à venir à Maurice par un package spécial et l’augmentation du quota de vins et whisky duty-free.

Les autorités ont attendu le 19 mars pour fermer les frontières. Aujourd’hui, le pays est à genoux. Maurice est déjà au fond du trou. Nous reviendrons prochainement sur cet aspect.

Pour l’heure, ne perdons pas de vue nos malheureux compatriotes qui passeront plusieurs mois sur un bateau à cause de l’incompétence et l’arrogance du pouvoir en place.

Ces pauvres Mauriciens étaient à 26 milles nautiques de nos côtes, soit 30 milles ou 48 kilomètres au large de Maurice.

Pourtant, des solutions très simples existent, monsieur le Premier ministre et monsieur le ministre des Affaires étrangères. L’une d’elles aurait consisté à envoyer le CGS Barracuda les récupérer en mer. Où est passé ce navire de surveillance qui a coûté la bagatelle de Rs 1,8 milliard ?

Dans l’éventualité que le patrouilleur n’était pas disponible, en raison d’une panne ou d’une mission plus loin en mer, des dizaines de bons samaritains, propriétaires d’un bateau, n’auraient pas hésité à prendre la mer pour leur pays et pour aider leur concitoyens. Gratuitement qui plus est ! Il aurait simplement fallu que le gouvernement fasse appel à eux !

Malgré nos défauts, nous, Mauriciens, avons du coeur et savons nous montrer solidaires dans les situations d’urgence.

Mais vous, messieurs les dirigeants, vous n’avez pas de cervelle, pas de cœur ou les deux à la fois. L’arrogance du pouvoir et l’égoïsme ont rongé votre âme.

Les victimes de cette décision ont signifié leur intention de réclamer des dommages. Le pouvoir doit toujours rimer avec devoir, responsabilité et, par-dessus tout, redevabilité.

Qu’est-ce qui peut bien justifier votre décision de ne pas laisser débarquer des Mauriciens sur leur terre natale? Alors que :

(1) vous n’avez même pas encouru les frais de leur rapatriement. Pourtant, vous envoyez bien des avions en Inde et en Angleterre, etc, pour rapatrier d’autres Mauriciens.

(2) ils sont en mer depuis des jours et ne présentent aucun symptôme de Covid-19. Ils auraient été placés de toute façon en quarantaine!

(3) ils étaient à 50 km de nos côtes. Vous les laissez partir pour des mois dans l’inconnu au péril de leurs vies, avec le risque d’attraper le virus.

(4) vous aviez la possibilité de les rapatrier sans aucun ou grands frais.

(5) Vous avez le devoir de les aider, les secourir.

Vous avez failli dans votre mission de porter secours à des citoyens en détresse. Vous les avez laissés affronter pour des semaines et des mois tous les dangers.

Monsieur le Premier ministre et monsieur le ministre des Affaires étrangères, c’est l’argent du peuple qui sera utilisé pour vous défendre en cour. Et ce sera aussi l’argent du peuple qui servira à payer d’éventuels dommages. Si cela ne compte pas beaucoup pour vous, car l’argent ne sortira de pas de votre poche, le peuple, lui, prend bonne note !

Il n’est pas encore trop tard pour aller récupérer ces neuf Mauriciens si la volonté est là ! La balle est dans votre camp messieurs. La population vous observe.

De grâce, ne croyez pas que le pouvoir soit éternel. Surtout, gare au retour de manivelle !

Balkrishna Kaunhye
24 mai 2020